S'il y a une chose que je reconnaisse comme réussie dans ma vie, c'est MA FAMILLE. Plus exactement, je ne peux pas souhaiter une meilleure réussite, en fonction de ce qui était possible. Rend-on jamais quelqu'un heureux ?
J'en reviens toujours, inexorablement, à ma famille parce que c'est tout de même le cep de vigne, c'est le tronc d'arbre. Tout le reste, ce sont les rameaux de l'existence, que l'on coupe au printemps. Les amis, les amours éphémères, les rencontres d'un instant, les enthousiasmes, on les taille. Certains disparaissent, les autres rendent le tronc plus solide, plus vivace. Le tronc, lui, est dans le sol, ses racines s'agrippent, poussent de plus en plus loin et profond. Il est rare qu'un arbre meure par les racines. Il faut qu'un salaud de bulldozer soit venu les trancher. Il meurt par le côté étalé dans la vie.
C'est terriblement égoïste, ce sens de la famille. Parce que, après tout, c'est encore un morceau de toi dont tu t'occupes. Pourtant, plus tu vis, plus tu es usé, rayé, meurtri, bousculé, plus tu reçois de mauvaises odeurs et de coups d'épaule, plus tu entends de conneries plus tu te désenchantes, plus tu sublimises ce tronc, auquel tu te cramponnes. C'est une image peut-être un peu sotte. Mais puisqu'on parle d'arbre généalogique, parlons d'arbre. Et l'arbre c'est ça pour moi, et farouchement.
Mes gosses seront l'événement de ma vie, l'événement heureux de ma vie. C'est l'aventure fabuleuse. Je veux être gâteuse devant eux. Maman gâteaux, mami gâteuse ! Je veux être de propos délibéré, une mère dingue, fascinée, hypnotisée, de ces mères qui font hausser les épaules avec un sourir mi-ironique, mi-attendri. Je m'en fous. Cela m'aide, au contraire, à affirmer ce sentiment de possession que je ressens vis-à-vis de mes enfants. Ils seront à moi et c'est comme ça !